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Plusieurs grandes villes du Mali ont subi des attaques coordonnees en avril 2026 menees par une nouvelle coalition de groupes djihadistes et separatistes.
Alors que la coalition prenait le controle de la ville de Kidal, dans le nord du Mali, des images des troupes russes escortees quittant la ville aprs des negociations ont fait le tour des medias internationaux.
La Russie, travers l'Africa Corps, la nouvelle version du groupe Wagner, est le partenaire de securite exterieur de l'armee malienne depuis le debut de l'annee 2022. Elle a pris la relve des troupes francaises et europeennes engagees dans la lutte antiterroriste de l'operation Barkhane et de la Taskforce Takuba. La France avait deploye une force de 5 000 soldats de 2014 2022. Les forces speciales europeennes comptaient 1 000 hommes entre 2020 et 2022. Les deux missions ont ete contraintes de se retirer alors que les relations entre la France et la junte malienne se deterioraient.
Ce realignement strategique, passant des forces occidentales et multilaterales aux troupes russes, s'est etendu dans la region. Au Burkina Faso, qui a connu deux coups d'Etat en 2022, les troupes francaises ont ete expulsees au debut de l'annee 2023, alors que 200 soldats russes faisaient leur entree dans le pays.
l'ete 2023, les autorites maliennes ont egalement expulse la mission de maintien de la paix de l'ONU, forte de 13 000 hommes et en place depuis une decennie.
La junte nigerienne, qui a pris le pouvoir la mme annee, leur a embote le pas. Elle a mis fin aux operations de l'Union europeenne dans le pays six mois plus tard, avant d'accueillir plusieurs centaines de soldats russes.
Depuis dix ans, j'etudie les interventions securitaires etrangres au Sahel. J'analyse leurs justifications, leur mise en uvre sur le terrain et leurs consequences sur les configurations politiques et securitaires.
Mes recherches montrent que ces interventions exterieures n'ont pas stabilise la region. Plus d'une decennie aprs les premires interventions majeures, le Sahel est plus fragmente, militarise et violent qu'auparavant.
Pourtant, la persistance de l'insecurite sert egalement des objectifs politiques.
Pour les juntes militaires, la menace djihadiste justifie le maintien de leur pouvoir et de la repression. Pour la Russie, la region est devenue une vitrine de son influence anti-occidentale et de ses partenariats de securite en Afrique. Pour les acteurs occidentaux, l'expansion djihadiste, les preoccupations migratoires et les craintes d'instabilite regionale sont utilisees comme pretextes pour justifier un engagement securitaire malgre des echecs repetes.
Les interactions complexes entre tous ces acteurs ont cree un cercle vicieux strategique et continu de violence, dont les civils sont les premires victimes.
Sur le terrain, les interventions ont souvent evolue de manire imprevisible, au gre des decisions ponctuelles et d'interactions informelles entre acteurs locaux et externes.
Par exemple, ils ont partage une aide logistique et medicale ainsi que des renseignements.
Plus largement, les interventions exterieures ont renforce le role des forces armees en tant qu'acteurs politiques, accentuant ainsi le desequilibre dej existant entre civils et militaires dans toute la region.
partir de 2013, l'expression securite au Sahel est devenue le cadre principal des interventions occidentales et multilaterales dans la region. L'amelioration des capacites, des moyens et du professionnalisme des forces de securite nationales est devenue l'objectif officiel de ces interventions, etroitement lie l'objectif plus large de vaincre les insurrections djihadistes.
Le fait de presenter les crises qui se chevauchent au Sahel comme un problme de securite signifiait egalement que les acteurs de la securite avaient pour mission de le resoudre. L'importance, le statut et les budgets des armees nationales ont ainsi augmente mesure que la situation securitaire se deteriorait. Il en a resulte un desequilibre civilo-militaire trs marque.
Alors que des officiers prenaient le pouvoir par des coups d'Etat au Mali, au Burkina Faso et au Niger, un realignement strategique vers la Russie s'est amorce, afin de maintenir les regimes militaires.
Le groupe russe Wagner a permis aux juntes nouvellement installees de consolider leur pouvoir, tout en deprofessionnalisant les forces par le biais de harclement, d'attaques et de massacres de civils.
Des recherches montrent par exemple que les attaques contre des civils representaient 71 % de l'implication du groupe Wagner dans les violences politiques au Mali entre decembre 2021 et juillet 2022. Cette strategie consistant attaquer des civils a facilite le recrutement pour les groupes djihadistes. Ceux-ci ont pu grossir leurs rangs en exploitant les griefs de la population touchee.
Les dernires attaques perpetrees au Mali en avril 2026 demontrent l'echec de la junte militaire, ainsi que de ses partenaires russes en matire de securite, contenir l'expansion des groupes djihadistes.
Elles revlent egalement que la Russie est presente dans le pays principalement pour maintenir la junte militaire au pouvoir. Assimi Gota, le chef militaire du Mali, a reaffirme le partenariat avec la Russie aprs les attaques, malgre les revers subis sur le champ de bataille.
Le chef militaire a plus que jamais besoin de maintenir son regime. De son cote, les Russes ont besoin d'tre presents dans le pays pour conserver leur influence geopolitique sur le continent africain.
Tous les acteurs exterieurs pretendent lutter contre l'instabilite, alors que l'ordre regional actuel repose sur le maintien de l'insecurite.
La stabilisation risque ainsi de devenir moins une question de resolution des conflits qu'une question de gestion de l'insecurite de manire preserver les regimes, les partenariats et l'influence geopolitique.
Les interventions etrangres, combinees aux ambitions des acteurs nationaux, ont contribue transformer le Sahel. La region est devenue un espace de survie militarisee des regimes, d'expansion djihadiste et de concurrence geopolitique entre la Russie et les democraties occidentales.
Les approches militaires ont montre maintes reprises leurs limites face aux crises imbriquees au Sahel. Sous pression, les juntes militaires pourraient desormais tre contraintes de negocier avec les groupes djihadistes. Cette evolution pourrait aboutir de nouveaux espaces hybrides de pouvoir et de gouvernance.




















